Le Grand Portrait : Renaud Biet & Hakim Metmer
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Le Grand Portrait : Renaud Biet & Hakim Metmer

Nous allons, pour commencer ce grand portrait partir d’un constat optimiste : tout simplement le plaisir que cette rencontre ait pu avoir lieu, entre d’un côté deux entrepreneurs français, avec encore des rêves plein les yeux et de l’autre un autre entrepreneur, un peu aigri, déjà un peu trop vieux dans sa tête, et avec une tendance malencontreuse à partir du principe qu’il connaît un peu tout. Ce même entrepreneur pourrait aussi, sous prétexte d’avoir gagné un jour trois francs six sous, s’affubler du titre ronflant d’investisseur. Parce qu’il a pu réussir une fois à ce que la mayonnaise prenne, il se sentirait alors le droit et l’aplomb d’expliquer comment mélanger les œufs, l’huile et tout ce que vous voulez. Nos deux chefs d’entreprise, ce sont Renaud Biet et Hakim Metmer, les deux fondateurs de TabMo.

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MINISTRE AU MIMIMUM

Quand ma nouvelle assistante, Jennifer, m’indique que les fondateurs de TabMo veulent me rencontrer, ma première réaction fut de soupirer. La société a déjà levé 4 M€ en 2016 et je ne pourrai pas donc jouer mon rôle préféré qui est celui d’expliquer la vie à des petits jeunes, même si avec le temps la notion de jeune a tout de même beaucoup changé puisque nos amis ont 34 ans. on a finalement les jeunes que l’on mérite. Voilà qu’en plus Renaud Biet et Hakim Metmer souhaitent organiser ce rendez-vous à New York. Je ricane d’essence en partant du principe que ces néo-entrepreneurs sont vraiment tous les mêmes à vouloir ouvrir leur bureau américain en flambant leurs quelques dollars. Cela leur permettra peut-être enfin de justifier leur titre de CEO ou COO, ce qui est tout de même plus clinquant que Sous-Directeur ou Gérant. Manque de chance, les deux associés se présentent comme co-fondateurs et n’ont donc pas encore accolé à leurs noms les nouvelles particules qui font de vous un membre de cette nouvelle élite digitale entrepreneuriale. Je note dans un coin de ma tête qu’ils sont justement peut-être à la recherche du fameux CEO et je décide alors dans le doute de mettre une paire de Stan Smith.

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LES SOUS-DOUES PASSENT LE BAC

Je vais donc rencontrer l’équipe dirigeante de TabMo. Cela se passera à New York City, et plus précisément à Central Park. Le choix de cet endroit neutre me fait dire qu’ils ont probablement des choses un peu confidentielles à me raconter et j’accepte donc de leur consacrer un peu de mon temps. J’apprends alors qu’ils sont effectivement à New York parce qu’ils ambitionnent d’ouvrir un bureau aux Etats-Unis. J’avais donc vu juste, et n’ai décidément rien perdu de mon esprit déductif. Je décide alors de jouer le rôle du potentiel partenaire financiero-businesso-bouleto qui pourrait leur ouvrir des portes gigantesques façon John Wayne à l’entrée d’un saloon. Je commence donc par la question que tout bon quarantenaire français commence par poser histoire de faire le malin : vous avez quelle formation ? Attendez, c’est quand même super important de savoir ce qu’ils ont fait entre 18 et 23 ans pour enfin comprendre si oui ou non le positionnement de leur société d’aujourd’hui de plus de 65 salariés est vraiment cohérent. Je note dans le coin de mon cerveau rabougri : n’ont même pas dû faire un Bac C. Et cela n’a rien à voir avec le fait qu’il n’existe plus depuis 1995, c’est une question de principe. Je m’en trouve déçu…Renaud me parle en fait MBA e-business du pôle Léonard de Vinci, Hakim DESS Monnaie Finance puis ESG.

« …La valeur de la parole donnée compte bien plus que la signature sur un bout de papier… »

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RASTIGNAC

En creusant un peu le sujet, j’en viens ainsi à leur demander ce qu’ils ont fait avant et donc d’où ils viennent. Le mépris du parisien pour tout ce qui est au-delà du périphérique est légendaire, alors imaginez le résultat quand il se retrouve à discuter à New York avec deux gars qui doivent débarquer de Montauban. Renaud me parle alors de la Bretagne. Il évoque des racines, une valeur travail, une envie de réussir aussi. « Au début du siècle dernier, les bretons qui venaient à Paris étaient issus de classe populaire et je me sens tributaire de cette histoire. » Discrètement mis sous pression, je remballe ma blague vaseuse sur les bonnets rouges et me tourne vers Hakim. Il m’avoue alors sur le ton de la confidence : «Je ne suis pas breton mais d’origine kabyle». Et me voilà alors parti sur une explication relative à ce peuple de commerçants qui vit dans les montagnes algériennes, pour qui la valeur de la parole donnée compte bien plus que la signature sur un bout de papier. Il me parle également de solidarité entre générations et j’en viens ainsi à conclure que mes deux bonhommes ont vraiment la tête sur les épaules et que discuter Bretagne et Kabylie vaut finalement largement un discours sur le programmatique. Renaud finit par préciser : «Nous sommes également pragmatiques et ouverts. Nous avons ainsi organisé un séminaire de TabMo centré bien entendu autour de la voile. Nous sommes allés en Normandie, à Trouville pour être précis, parce que c’est tout de même nettement plus proche que la Bretagne ou la Méditerranée

« …Renaud a fait ses armes chez Alapage, AOL, StickyAdsTV et MyThings quand Hakim avait des responsabilités chez Lycos, Havas, Exponential et également StickyAds… »

UNE GALETTE COMPLETE

Je décide alors d’orienter la discussion vers l’expérience parce que comme chacun sait, quand on n’a pas fait, on ne sait pas faire. Je les imagine alors me parler de leur job d’animateur en centre aéré mais les mathématiques aidant, je me rends compte que cela fait tout de même un peu plus de dix ans que nos deux acolytes travaillent dans le monde du marketing digital. Renaud a fait ses armes chez Alapage, AOL, StickyAdsTV et MyThings quand Hakim avait des responsabilités chez Lycos, Havas, Exponential et également StickyAds.

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Je finis donc par en conclure qu’ils doivent objectivement connaître deux ou trois trucs relatifs à la publicité digitale et que ce n’est probablement pas la peine que je leur explique la notion de CPM. Leur bagage est même quasiment complet puisque dans la liste de sociétés, on retrouve pêle-mêle agence, annonceur, éditeur et technologies. Toute la palette des intervenants est donc réunie. Je pose alors la question de leur complémentarité et Renaud m’explique : «J’ai une approche stratégie, finance et opérations quand Hakim pilote les ventes, le marketing et le management. Nous sommes surtout complémentaires car nous savons parfaitement comment prendre des décisions efficaces à deux. Hakim abonde en ce sens et nous précise qu’il a également beaucoup appris avec Stéphanie Marie (Havas Digital) et Alexandre Canu (AOL).»

« … Le projet a véritablement été pensé et surtout digéré pendant plusieurs années, sans précipitation … »

PLUS TORTUE QUE LIEVRE

Particulièrement inspiré, je réussis à croiser quelques données façon big data et en viens à conclure qu’ils ont donc passé quelques années en commun chez StickyAds. J’essaie donc d’en apprendre un peu plus. Les deux compères y sont en effet restés deux années entre 2010 et 2012, donc au lancement de ce qui allait être l’une des plus belles réussites de l’AdTech française. Hakim décrit cette période de touche-à-tout particulièrement enrichissante. Je comprends alors qu’ils ont tous les deux mûri ce projet entrepreneurial tout au long de leurs différentes expériences professionnelles en cherchant exactement à comprendre quelle valeur ajoutée ils pourraient apporter. Nous avons trop souvent l’image de l’entrepreneur impatient qui schématiquement pourrait passer d’un projet à un autre en partant du principe qu’à force de creuser il finira bien par trouver de l’or, du pétrole ou un billet gagnant de loto. Dans le cas d’Hakim et Renaud, cela ne semble pas du tout être le cas. Si l’envie de monter son projet, et diriger son entreprise a toujours été présente, le projet a véritablement été pensé et surtout digéré pendant plusieurs années, sans précipitation.

« …Nous savons parfaitement comment prendre des décisions efficaces à deux… »

Tout l’inverse de ce que l’on croit connaître de cette génération qui est supposée tout faire à l’envers tellement ils veulent aller vite. Et si ces jeunes étaient finalement déjà bien plus matures que pas mal de vieux d’entre nous ? Je note alors dans un petit coin de ma tête : discuter plus souvent avec des jeunes. Au cas où.

MOBILE ET PROGRAMMATIQUE

Après ces discussions finalement très orientées humain et équipe quand on y pense, je me décide enfin à leur poser une question piège : quel est le positionnement de TabMo et surtout dites-moi, pour de vrai, ce qui vous différencie des autres ? Hakim prend alors la parole : «Nous sommes le premier creative mobile DSP». Je me dis que cela faisait vraiment longtemps que je n’avais pas entendu ce jargon et je demande alors quelques précisions. «Nous avons vécu chez StickyAds le développement de la vidéo et nous avons aussi vu le potentiel du mobile. Il s’agissait des années où tous les mois de janvier, l’histoire de l’année du mobile revenait en boucle.» Je l’interromps en lui faisant remarquer que c’était objectivement une bonne blague et que je connais des gens chez Ratecard par exemple qui ne manquaient pas une occasion pour la ressortir au cours de dîners en ville. Renaud résume : «Les DSP sont partis du display pour venir au mobile. Les solutions mobiles sont parties du AdServer pour venir au programmatique. Ces deux composantes, mobile et programmatique, font partie dès le départ de l’ADN de TabMo et cela change tout en terme de développement et donc de produits.» Pris entre deux feux, je me laisse convaincre et voilà alors que Renaud enfonce le clou sur un siège tel un fakir : «Nous avons en plus une dimension créative, qui nous vient notamment de la vision créative d’Hakim, ce qui nous permet de proposer des modules formats mobiles vidéos directement intégrés dans la plateforme.»

« … Nous sommes le premier creative Mobile DSP… »

SERVICE GAGNANT

Cette balade à Central Park au milieu des écureuils et autres joggers commence à prendre une tournure quelque peu inattendue. J’avais anticipé une discussion un peu convenue et voilà que je me retrouve avec deux jeunes gars pleins d’assurance. Et tout à coup, l’inspiration me transperce tel le glaive le front d’un ennemi dont on utilisera ensuite le crâne pour déguster un vieux calva. «Dites-moi les amis (ne jamais oublier la proximité quand on veut être condescendant), vous me parlez de technologies mais je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu que l’un de vous deux avait dépassé le stade de la macro Excel.» Bingo. Touché. Next. Renaud me répond très sereinement : «Notre équipe de développement est basée à Montpellier. Elle est dirigée par Loïc, un expert dans le développement de plateforme technologique, qui adhère entièrement à notre projet et à notre vision.» Hakim précise : «Nous ne vendons pas une simple plateforme, mais une expérience marketing associée à la technologie. La technologie chez TabMo est un outil, pas une fin en soi.» Je me sens un peu mouché parce que cet adage, nous le citons en permanence chez Ratecard. J’irai même plus loin sur le sujet : combien de fois rencontrons-nous dans notre métier des rois du marketing qui nous expliquent ne pas vouloir monter leur projet à cause de l’absence d’un vrai techos à bord. TabMo est à Montpellier mais on ne compte plus dans notre secteur les sociétés dont la R&D est à Bucarest, Kiev, Moscou ou Tel Aviv. Et dans la majorité des cas, il s’agit de sous-traitants, pas de salariés. Autrement dit, si vous ne montez pas votre société, ne blâmez pas l’absence de technologues autour de vous mais plutôt votre manque de courage. Voilà, ça c’est dit.

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L’INTERNATIONALE SERA LE GENRE HUMAIN

J’ai envie alors de les challenger sur l’international, comme quoi ça va être compliqué parce que vous savez, les Etats-Unis ça coûte quand même super cher. J’en viens finalement à me rendre compte que la seule chose que j’ai pu éventuellement leur apprendre au cours de notre entretien, c’est que le vrai changement en dix ans à New York est qu’on entend désormais parler français à tous les coins de rue. Les bureaux allemands et anglais de TabMo sont déjà ouverts et comme à l’accoutumée, ils ont procédé par petites touches, par strate, step by step. Cela fonctionne parce que finalement ils font les choses très simplement et très naturellement. Ils m’expliquent alors qu’ils se sont mis à la recherche de leur Managing Director US depuis quelques mois, qu’ils ont établi quelques contacts et qu’ils ont donc sélectionné une poignée de profils qu’ils vont rencontrer au cours de ce voyage. Au final, tout se fera à l’humain, au feeling comme ils disent parce qu’ils ne savent fonctionner que comme cela.

Je comprends alors que TabMo, c’est certes une aventure mais c’est d’abord un projet et donc une construction. Ils ont du temps, n’ont aucune envie de faire la culbute comme on dit dans les cercles financiers probablement libertins. Ils ont tout simplement envie de construire un projet dont ils pourront être fiers. Ils pourront alors revenir aux pays, de temps en temps, et expliquer alors à quel point ce qu’ils y ont appris fut important pour les aider à comprendre leurs priorités.

« … Ces deux composantes, mobile et programmatique, font partie dès le départ de l’ADN de TabMo… »

FRENCH LOVERS

La raison pour laquelle cette histoire va très certainement fonctionner, est à chercher au sein de ce couple que Renaud et Hakim peuvent former. Comme nous sommes aux Etats-Unis, nous pouvons même parler de love story parce que le « I love you » a une signification un peu différente de l’histoire d’amour que l’on connaît au pays des French Lovers. on peut dire « I love you » à son ou sa compagne, mais aussi à ses enfants ou encore à des amis qui comptent vraiment. Et pourquoi pas à son associé, à son partner comme on dit. Ils ont une confiance absolue l’un envers l’autre et cela se comprend : ils se connaissent depuis dix ans. La durée est bien une preuve de solidité ! Ce couple, je suis bien certain au final que c’est avant tout ce qui a séduit les investisseurs, les clients et aussi les salariés de la société. Il m’apparaît évident que lorsqu’un employé de TabMo a un rendez-vous RH, c’est pour faire référence à Renaud-Hakim et certainement pas aux ressources humaines. On fait beaucoup moins d’erreurs à deux, mais nettement plus de bêtises créatives, et cela change tout.

CONFIDENCE POUR CONFIDENCE

Après ces quelques minutes de divagation, je finis par leur poser la question qui me taraude depuis le début. Pourquoi avez-vous voulu me rencontrer, moi qui m’imaginais déjà apporter conseils et leçons de vie ? Leur réponse est limpide : «On nous a dit que tu connaissais bien New York et on se demandait donc si tu connaissais quelques restaurants sympas». L’ego en prend un coup. Je réussis tout de même à prendre un peu de recul et finis par leur donner une adresse qui apprendrai-je quelques heures plus tard a fermé depuis plusieurs mois. Ça leur apprendra à prendre pour argent comptant les conseils de leurs aînés. Les deux lascars quittent le parc côté sud pour aller faire un tour du côté de Times Square, the place qui doit faire rêver quand on travaille dans la publicité. Leur enthousiasme est contagieux et je décide alors de les suivre alors que mon attirance pour cette place a toujours été pour le moins réduite. Une fois sur place, je retrouve leurs yeux de gamins et je me laisse prendre au jeu. Au cours de son dernier spectacle, Gaspard Proust nous dit que la sagesse est un mot très souvent utilisé pour parler de résignation. Nous devenons alors aigris sans nécessairement nous en rendre compte mais nous nous donnons bonne conscience en partant du principe que nous savons ce qui est juste. TabMo, c’est l’opposé. Ils ont l’énergie qui nous manque trop souvent sous prétexte que l’on croit déjà connaître la fin de l’histoire alors que c’est de notre ressort de la construire et aussi de la changer. Nous finissons par nous séparer et j’en arrive à une conclusion sans appel : j’envie leur envie et je leur souhaite alors toute la réussite qu’ils méritent. Et si espérer le bonheur des autres n’était pas justement un début de rédemption ? Il va limite falloir finir par consulter. En tout cas, ces deux-là m’ont collé la patate et autant vous dire tout de suite qu’en 2017, chez Ratecard, on va tout péter !

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