Le Grand Portrait Ratecard : Stéphanie Engling (CapitalData)
Stephanie Engling, CapitalData
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Le Grand Portrait Ratecard : Stéphanie Engling (CapitalData)

PLANETE MARSEILLE

Chez Ratecard, nous n’avons pas toujours été, sous-entendu nous le sommes devenus bien évidemment, les rois du retail. Nous venons en effet de ce monde du digital qui initialement partait du principe que tout échange se ferait exclusivement en ligne et point final. Quelques faillites plus tard, rappelez-vous l’époque Boo. com et Père-Noël.fr, nous avons appris à mettre un peu moins d’alcool dans notre vin et avons ainsi découvert puis compris les relations tumultueuses qui peuvent exister entre les acteurs physiques de la distribution et les pure players, plus vraiment si purs que cela de nos jours d’ailleurs puisqu’ils envahissent désormais nos galeries marchandes. Le Drive-to-Store n’a désormais plus de secret pour nous et nous pouvons même tenir une conversation avec des experts sans avoir pour autant à retenir dans notre tête quelques notions abstraites.

Autant dire que nous maîtrisons ! C’est en tout cas ce dont j’étais persuadé avant ma rencontre avec Stéphanie Engling, Présidente de CapitalData, et membre du Comex du groupe HighCo. Nous avons en effet discuté digital of course, easy pour moi, DMP, display et programmatique et là franchement, j’étais plutôt à l’aise, mais surtout problématiques des enseignes de distribution, et là, le conquérant parisien que j’étais fut nettement moins à l’aise. Je précise parisien parce que cet entretien se déroula dans le sud, carrément en Provence, à Aix pour être précis, où se trouvent les racines et le siège de HighCo, groupe dont CapitalData est la pépite data : Stéphanie nous y reçoit, car le lieu est inspirant pour prendre le temps de cette rencontre, mais elle travaille au siège de CapitalData Paris la semaine avec ses équipes.

Nous nous trouvons donc quasiment sur les terres de l’Olympique de Marseille, puisqu’une imposante fresque street art siglée « Droit au But » trône sur plus de 10 mètres de haut aux côtés d’autres grandes marques (Carrefour, Casino, P&G, …). Je débarquais donc serein avec un camion de références plus ou moins fines à base de déculottées et autres valises de billets planqués dans le fond d’un jardin. Nous ne parlâmes pas football mais bien retail, Smart Retail comme le précisera plusieurs fois Stéphanie. Et voici ce que j’ai appris et donc compris.

LE MONDE DES RETAILERS EST EXTRÊMEMENT COMPLIQUÉ. LES CONTRAINTES IMMOBILIÈRES SONT EXTRÊMEMENT PESANTES, LES PROCESSUS D’ACHATS ET DE SOURCING PRODUITS SONT INCROYABLEMENT TENDUS

AMAZON INTERDITE

Quoi de plus pénible, alors que vous êtes confrontés dans votre business à des problématiques un peu subtiles voire complexes, que lorsqu’un apprenti consultant vient, souvent avec des bonnes intentions mais pas toujours, vous expliquer la vie en vous racontant que vous avez la tête dans le guidon et que lui a effectivement tout compris et que voilà ce que vous devriez faire.

Stéphanie m’explique : « Les retailers font des milliards de chiffre d’affaires et ils sont loin d’être idiots, bien au contraire même. On ne peut pas déplacer ou même orienter un paquebot comme une simple start-up ». Je vais donc pouvoir mettre de côté mes références au danger Amazon que chez Ratecard on avait quand même vu venir depuis super longtemps et je vais pour une fois me contenter d’écouter.

« Le monde des retailers est extrêmement compliqué. Les contraintes immobilières sont extrêmement pesantes, les processus d’achats et de sourcing produits sont incroyablement tendus alors que les enjeux financiers sont tout simplement gigantesques. Les yakafaukon n’ont strictement aucune valeur ajoutée dans ce type de milieu. »

RETAIL IS NOT DEAD

Je décide alors d’apporter un peu de valeur ajoutée et de faire référence à une conférence à laquelle j’ai assisté à l’occasion d’Advertising New York, histoire de bien montrer que chez Ratecard, on est au top de la pointe. Le sujet s’appelait Retailpocalypse avec un point d’interrogation qui voulait dire que ce monde physique n’est pas du tout parti pour s’écrouler. L’intervenant nous disait que ses amis de chez Gap étaient notamment confrontés à la question de quoi faire et comment gérer au mieux les 9 km de vitrines que constituent leur réseau.

Quand on parle de problématiques immobilières, on est alors effectivement largement au-delà de la question du bureau supplémentaire que doit louer ou non la future licornette au sein du WeWork Lafayette, rapport à l’arrivée du nouveau stagiaire. Toujours le même intervenant, Alasdair Lloyd-Jones maintenant que j’y pense, nous racontait aussi comment les marques doivent prendre possession des lieux de distribution et donc offrir une nouvelle expérience aux consommateurs qui rentreront dans la boutique. Nous ferons désormais nos courses comme l’on va au spectacle. Show time !

A noter que cette affirmation connaît encore quelques ratés. En effet, au cours de ce même déplacement outre atlantique, je me décidais à traverser tout Manhattan pour me rendre downtown au magasin Sonos. Il s’agissait en réalité d’un prétexte pour profiter d’une belle ballade et accessoirement économiser 50$ sur le prix du produit. Je vous laisse imaginer la tête du revendeur quand je débarquais un peu transpirant en énonçant simplement ce que je venais chercher.

LA VRAIE DIFFÉRENCE, ELLE SE FAIT GRÂCE À CES FAMEUSES DONNÉES DE CAISSE QUE SEULES LES ENSEIGNES ET DONC LEURS PARTENAIRES POSSÈDENT. NOUS POUVONS ALORS TRAVAILLER SUR CETTE RÉCONCILIATION ENTRE LES DONNÉES ON ET OFFLINE.

Non, je n’avais pas marché près de 10km pour découvrir les nouvelles expériences acoustiques proposées par la boutique qu’il n’était pas franchement possible de comprendre et surtout de ressentir en visitant simplement le site, même en réalité augmentée. Ma discussion dura 5 minutes pour se conclure par « c’est vraiment dommage mais notre système de paiement par carte bleue ne fonctionne pas avec les puces et votre bande magnétique est hors service. » Je remontais en métro et me faisais livrer le produit rêvé le lendemain à mon hôtel après l’avoir commandé sur un site distributeur histoire de me venger mesquinement.

COMMERCE EQUITABLE

Mais revenons à nos discussions Aixoises. Stéphanie me rappelle ainsi que dans l’alimentaire, le commerce physique représente près de 95% de parts de marché. Pour le reste, le combat face aux grands méchants américains, qui ne payent même pas leurs impôts là où il faut, est franchement mal engagé. Mais pour l’alimentaire, c’est une toute autre histoire et comme la France est tout de même la top référence culinaire in the world, on se dit qu’effectivement tout n’est pas perdu. Déontologue dans l’âme, je me permets tout de même de revenir un peu en arrière sur ce sujet des bad guys, ceux qui aujourd’hui incarnent ce monde qui part en cacahuètes pleines de gras.

J’hésite à dire ce que tout le monde pense tout bas et murmure en citant Victor Hugo : « Les GAFA sont objectivement pas très sympas, mais les distributeurs ne sont pas non plus des enfants de cœur ». Stéphanie réagit. Elle est hyper corporate mais pas seulement. On ne touche bien évidemment pas à ses clients et il serait peut-être temps de rappeler que si certains produits ne correspondent pas toujours aux standards de qualité que l’on peut en attendre, c’est largement dû au caractère gigantesque de la chaîne de valeur de la grande distribution, incluant usines, sites de transformation, accords producteurs, R&D produit, naturellement lents à faire évoluer. Avec le temps, nous nous découvrons chez Ratecard une âme rebelle et nous nous mettons à défendre le petit commerçant, bio bien évidemment.

Interview Ratecard de CapitalData

ENTRE 30% ET 50% DES ACHATS DANS LE NON-ALIMENTAIRE, SELON LES ENSEIGNES, SONT EFFECTUÉS AVEC UNE CARTE DE FIDÉLITÉ. ET DANS L’ALIMENTAIRE, NOUS PARLONS TOUT DE MÊME DE 80%

CAPITALDATA

Me sentant semi-convaincu, Stéphanie décide donc de repasser aux choses vraiment sérieuses, et me relance data, sujet capital s’il en est. Je m’étais contractuellement engagé à placer « capital » et « data » dans la même phrase, voilà, c’est fait. Et donc dans ce domaine, on peut dire que la grande distribution n’a pas attendu l’invention du cookie pour savoir combien de paquets de Hello de Lu vous avez achetés au cours des 12 dernières semaines. Stéphanie décide alors de me tester : « Frédéric, (historiquement, quand la phrase commence par Frédéric, j’ai au choix dit une grosse bêtise ou vais bientôt être dans une situation inconfortable), Frédéric donc, sais-tu que ce sont entre 30% et 50% des achats dans le non-alimentaire, selon les enseignes, qui sont effectués avec une carte de fidélité. Et dans l’alimentaire, nous parlons tout de même de 80%. » L’expert que je suis est objectivement impressionné.

C’EST SPÉCIFIQUEMENT CE QUE NOUS FAISONS CHEZ CAPITALDATA, AIDER LES RETAILERS À MIEUX COMBINER LES MONDES PHYSIQUE ET DIGITAL

Autant dire alors que les clusters et autres opérations marketing d’envergure pilotées à partir de cette masse incroyable de données existent depuis déjà bien longtemps. J’en profite alors pour exhiber fièrement ma carte Fnac qui me permet notamment de recevoir à peine minuit passé un mail de bonne année et aussi un joyeux anniversaire qui me permet finalement de me sentir moins seul. Merci le digital. Stéphanie enchaîne : « la vraie différence, elle se fait grâce à ces fameuses données de caisse que seules les enseignes et donc leurs partenaires possèdent. Nous pouvons alors travailler sur cette réconciliation entre les données on et offline. Le champ du possible devient alors extraordinaire. C’est spécifiquement ce que nous faisons chez CapitalData, aider les retailers à mieux combiner le monde physique et le monde digital. »

GRAND CHELEM

Nous allons donc pouvoir un peu mieux comprendre ce que fait CapitalData. Sachez que CapitalData a gagné la bagatelle de 16 récompenses avec Franprix pour l’hyperpersonnalisation du programme relationnel bibi! et pour Tourist Tracker® (la solution Drive-to-Store dédiée aux touristes étrangers en vacances à Paris). Pour les retardataires, nous rappelons le principe du Tourist Tracker® mis en place pour l’enseigne, qui est relativement simple une fois qu’on l’a trouvé bien évidemment.

Plutôt que de proposer des publicités sur mobile sans intérêt à des touristes débarqués en France depuis les quatre coins du monde, autant leur suggérer d’acquérir des produits qui leur seront utiles pendant leur séjour, autant personnaliser la sélection de ces produits en fonction de l’heure de la journée, autant s’adresser à ces touristes dans leur langue maternelle et sur leurs médias nationaux habituels… La géolocalisation fait alors le travail et voilà nos touristes chinois, c’est un exemple parmi tant d’autres, qui débarquent chez Franprix pour acheter de quoi se restaurer après une visite de la Tour Eiffel ou des grands magasins. Les résultats sont au rendez-vous et CapitalData s’est ainsi créé une belle notoriété. Stéphanie l’avoue elle-même : « Lors de son acquisition par le groupe HighCo, CapitalData était une start-up très peu connue. Cette avalanche de prix, pilotée par notre marketing, nous a mis sur le devant de la scène et a constitué un extraordinaire accélérateur de notoriété. » Stéphanie rappelle alors que CapitalData travaille aussi de manière approfondie avec Carrefour en Belgique et que le non-alimentaire devient un segment clé au sein de la société.

FRANPRIX C’EST PLUS MUSCLE

Nous parlons alors marketing prédictif où comment anticiper au mieux ce que nous, internautes, mais aussi simples chalands, souhaiterons consommer, en fonction d’un nombre de paramètres impressionnants, fluctuants et grandissants. Pour cela, l’innovation, maître-mot de notre époque toujours à la recherche de ce demain qui sera certainement super mieux que le présent actuel de maintenant, arrive de toute part pour finalement atterrir dans les bureaux de notre jeune pousse. Stéphanie me donne alors un exemple concret : « Nous avons créé avec Franprix un Laboratoire d’Innovation. Le concept est assez simple : partir des irritants (ressentis aussi bien par les clients que les retailers) et apporter des réponses concrètes. A l’opposé d’un « think tank », ce lab apporte des réponses très pragmatiques. Nous sommes dans une logique de « do tank » avec une équipe très courte et agile. Je suis ce sujet de près, puisque je suis aussi DG de ce lab dont la présidence est assurée par une autre femme du retail, Cécile Guillou qui est par ailleurs DG exécutive de Franprix.

SE CONNAÎTRE, C’EST BIEN EVIDEMMENT LE TRAVAIL DE TOUTE UNE VIE

L’objectif fondamental est de développer cette capacité à s’extraire du quotidien pour mieux comprendre de quoi sera fait demain ce monde de la distribution. C’est clé pour nous et bien entendu pour nos clients. »

Ce n’est pas nous qui le disons mais Stéphanie ! Dernière innovation en date pour les MacGyver de l’innovation retail, un robot autonome qui vous suit en magasin et même jusqu’à votre domicile pour vous livrer vos courses.

AN UNEXPECTED JOURNEY

Nous allons vous faire une confidence. Nous ne nous sommes pas déplacés au pays du calisson pour simplement discuter retail, aussi smart soit-il. Ce que nous aimons avant tout chez Ratecard, c’est comprendre le pourquoi du comment. Dans le cas qui nous concerne, la problématique est la suivante : qu’est-ce qui fait qu’au milieu de nulle part, même si thecamp et HighCo et donc CapitalData ne se situent qu’à quelques kilomètres de la gare TGV d’Aix-en-Provence, plusieurs centaines de personnes se retrouvent quotidiennement pour construire l’une des plus belles réussites du digital français ? Comme par hasard, la réponse est systématiquement la même : des hommes, des femmes bien évidemment et encore plus spécifiquement dans le cas qui nous concerne, des rencontres, une vision, et des envies. Nous avons ainsi passé quelques heures avec Stéphanie Engling qui est donc comme vous devez l’avoir compris Présidente de CapitalData. Je vais alors essayer de vous faire partager ce que j’ai pu ressentir et apprendre au cours de ce voyage, comment dire, de cet Unexpected Journey comme nous disait notre ami Hobbit.

GRAND CRU

On dit que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. C’est donc rempli d’ambition que je me jette dans le métro sur les coups de 8h00 en direction de la Gare de Lyon pour aller attraper mon train direction Aix-enProvence. J’y croise les autres ambitieux, tous plus motivés les uns que les autres à l’idée de retrouver leur travail puisque les premiers dorment quand les autres smartphonisent. On ne peut pas vraiment dire que cela pulse. Cela n’est pourtant pas lié au moyen de transport, puisque quelques jours auparavant une virée nocturne, toujours dans le métro, m’avait permis de me rendre compte que sur les coups de minuit, les usagers avaient plutôt l’air d’avoir la patate. L’effet du décalage horaire probablement.

Quand vous rencontrez Stéphanie Engling, la question de l’ambition ne se pose pas. Vous vous rendez rapidement compte que vous avez à faire à quelqu’un de particulièrement déterminé. Ca irradie, un peu comme lorsque qu’un ami vraiment heureux débarque avec une bonne nouvelle qu’il brûle d’envie d’annoncer. Ça bout puis déborde de la casserole et ainsi tout le monde peut en profiter. Stéphanie me raconte alors ses origines, bordelaises, de Saint-Emilion plus précisément, dans une famille de quatre enfants avec un père ouvrier agricole et une mère femme de ménage. Nous sommes alors loin de la Présidente à succès et tout d’ailleurs est fait pour lui rappeler. Le jour de son baccalauréat, elle se voit ainsi offrir par un propriétaire terrien particulièrement inspiré une caisse de vin parce qu’il faut bien féliciter « la petite ».

Mais entretemps, Stéphanie a appris à compter et à analyser. Et quand elle entend que seuls 2% des enfants issus d’un milieu identique au sien deviendront cadres, son objectif devient une évidence : elle sera une exception.

CURIOUS GEORGE

Ce serait mentir que de dire que le TGV pour le Sud n’est pas confortable. Croulant sous les dollars suite à l’introduction de Ratecard au Nasdaq, nous avions acheté des tickets de première classe. Nous étions trois, installés dans un carré de quatre et se posait alors la question, pour toute personne un peu douée en mathématiques, de savoir qui allait avoir le bonheur de se retrouver à nos côtés et de pouvoir ainsi profiter de nos analyses plus ou moins fines. Un notaire ou avocat d’un certain âge, enfin quelqu’un qui fait du droit et qui donc possède plein de papiers avec des coups de tampons un peu partout allait hériter de cet honneur.

Appelons-le Georges. Et voilà tout simplement que les conversations s’engagèrent. Nous parlerons même politique puisque nous étions à quelques jours seulement des élections européennes. La curiosité l’avait emporté, naturellement. Stéphanie, la curiosité, c’est son dada comme disait Omar. Elle pilote différentes équipes réparties entre plusieurs sociétés et elle se doit de comprendre les attentes de chacun de ses salariés pour justement les aider à mieux s’épanouir au travail. Le truc, c’est qu’elle s’intéresse sincèrement à qui ils sont pour mieux les aider dans ce qu’ils font. Cette curiosité l’habite également quand il s’agit de penser avenir, virages, digitaux ou non, révolutions, etc. Tout cela pour vous dire que nous n’avons bien évidemment aucune idée du prénom, du nom ou même de la profession exacte du Monsieur en question mais que nous savons par contre que Georges allait voter En Marche et pour quelles raisons il allait le faire. Échanger mine de rien, ça instruit.

TAXI 5

De la curiosité à l’innovation, le pas est relativement étroit. On pourrait vous parler de la fameuse zone de confort mais comme de mon point de vue elle se résume essentiellement à une surface de 180×200 en mode King Size, nous allons plutôt revenir à notre voyage. L’arrivée à la gare d’Aix fut somme toute classique : une queue pour les taxis organisée d’une telle façon qu’elle donnerait envie à un ami allemand de bien ranger tout le monde sur une seule ligne bien droite, et surtout un chauffeur ronchon parce que oui, nous n’allons pas très loin mais faut quand même dire que 8km à pieds, ça use les claquettes.

NOUS AVONS CRÉÉ AVEC FRANPRIX UN LABORATOIRE D’INNOVATION

Rassurez-vous, au retour, notre nouveau chauffeur sera ravi de nous prendre puisque nous serons alors sur le chemin qui relie le centre-ville à la gare TGV et qu’il était alors à vide. Le digital basique que nous sommes se dit alors que vivement Uber avec ses petites bouteilles d’eau même si ça c’était avant. Stéphanie pour sa part est crazy in love with l’innovation ce qui est somme toute assez logique quand on discute avec une dirigeante dans le digital. Elle revient alors notamment sur son laboratoire, qu’elle a initié avec Jean-Paul Mochet de chez Franprix, et on voit alors ses yeux pétiller comme du pop-corn.

Elle s’emballe même quand elle explique ne pas supporter par contre cette opposition qu’il peut exister entre les anciens métiers et les nouveaux projets. L’une des activités qu’elle pilote concerne les actions de communication au sein des enseignes autour de la fameuse PLV.

Soyez condescendants avec ce secteur ou pire encore avec ses acteurs et soyez bien certains que la direction de la sortie vous sera rapidement indiquée, et pas certain qu’on vous appellera un taxi. Innover oui, s’enthousiasmer surtout, parader certainement pas.

Innover à tour de bras sans objectif c’est un peu comme faire du moonwalk sur un tapis roulant face à un miroir, c’est intéressant, amusant, mais pas très constructif. Pourquoi ? Parce que cela manque de vision. A noter pour nos amis startupper que « make the world a better place » ne rentre pas dans le registre de la vision, même à Lourdes. Nous arrivons donc dans les bureaux de HighCo, maison mère de CapitalData, puis rejoignons thecamp, un bâtiment architectural moderne planté en pleine nature, né de la vision du fondateur de HighCo, Frédéric Chevalier, qui depuis son bureau pouvait découvrir cette étendue et avait eu alors cette envie d’y créer un pôle d’innovation en y réunissant des talents. La première morale de cette histoire est de se dire que très souvent il suffit de regarder par la fenêtre pour obtenir la meilleure vue. La seconde, et ça c’est Stéphanie qui me le disait, c’est de toujours rester en alerte. Le chemin peut changer, la façon dont on procède peut également évoluer, mais l’essentiel n’est pas là. La destination n’est souvent qu’un prétexte. Nicolas Cassar, Directeur Marketing de CapitalData est alors intervenu pour nous raconter que parfois, oui, il n’est pas toujours facile de suivre Stéphanie parce que les priorités peuvent varier, mais les marques de confiance mutuelles sont les plus importantes. Et si le plus important n’était pas le quoi mais avec qui ? Vous avez quatre heures.

TONY YOKA

Comme tout le monde, Stéphanie vit avec des paradoxes qu’elle doit gérer. L’environnement est un sujet qui lui tient à cœur mais ses actions ne peuvent pas toujours être en adéquation avec ses convictions.

Elle contrôle alors systématiquement ce qu’elle fait consommer à ses enfants en checkant de manière compulsive comme d’autres jouent à Fortnite l’application Yuka, qui vous valide que oui, le McDo c’est bien gras et sucré. Elle veut tout simplement donner du sens aux choses, et à ce qu’elle fait dans la vie, ce qui lorsqu’on cumule le secteur publicitaire, qui quoi qu’on en dise reste tout de même assez bas dans l’échelle de « sauvons le monde » et celui de la grande distribution, qui comme nous l’avions expliqué précédemment se trouve plutôt haut sur celle des grands méchants désormais menés par les GAFA, demande effectivement une certaine gymnastique mentale. Et même si ce sera au volant d’une grosse voiture pas vraiment électrique que nous parcourrons le kilomètre qui sépare notre restaurant végétarien et les bureaux de HighCo, il faut tout de même admettre que Stéphanie sait être persuasive parce ce qu’elle a plein de projets et plein d’envies et qu’on a effectivement le sentiment qu’elle les réalisera.

On en revient alors aux origines, et typiquement, l’accès à l’éducation des plus défavorisés, idéalement avec « ées » à la fin, c’est quelque chose qui lui tient vraiment à cœur. Et tant pis si cela doit passer par moment par quelques incartades à la planète.

WE DON’T NEED ANOTHER HERO

Notre conversation continua dans un bureau qui n’est pas vraiment celui de Stéphanie parce qu’elle n’est présente à Aix que deux ou trois jours par semaine. Le reste du temps, sa vie, comme celle de plusieurs salariés de CapitalData, se situe à Paris. Stéphanie y retrouve alors notamment ses deux complices, Didier Parisot, DG fondateur et CTO, et Jean-Yves Hourcade, DGA de CapitalData et alias Mr Programmatique. Et voilà que nous parlons à nouveau de collectif, de confiance, de complémentarité d’équipes, … Stéphanie a appris à « savoir ne pas toujours faire plaisir ». Elle évoque même le management responsable, celui qui fait confiance aux autres parce qu’il part du principe qu’en donnant les bons éléments à la base et le cadre adéquat, il est tout à fait possible de travailler intelligemment et harmonieusement. On comprend alors aussi que Stéphanie est une femme de réseau et une femme innovante qui se pose toujours des questions, la même que celle dont nous parlons depuis quelques paragraphes. « Pour travailler avec le secteur de la grande distribution, la fausse bonne idée est de s’imaginer qu’être en relation avec un responsable digital serait suffisant pour avancer de manière efficace autour de projets aussi structurants et complexes que ceux liés à la transformation digitale. Ce sont désormais des sujets de niveau Comex.

Pour pouvoir échanger avec quelqu’un comme Tina Schuler, Directrice Générale de plusieurs enseignes du groupe Casino, il ne faut pas uniquement parler cluster de datas mais aussi comprendre les enjeux de la grande distribution et de ce groupe. Notre hybridation Tech/ Retail chez CapitalData est alors une valeur ajoutée sans équivalent sur le marché. »

CHIEF BLAIREAU OFFICER

Autour de cette logique d’équipe, Stéphanie croit également beaucoup à l’écoute. Le mentorat est quelque chose auquel elle croit énormément. A un moment donné, quelqu’un croit en vous et voit quelque chose que vous ne connaissez pas encore à votre propre sujet et il ou elle va ainsi vous aider à le développer et à en faire pourquoi pas quelque chose d’exceptionnel. Nous sommes alors, et là cette fois-ci c’est moi qui le dis, à l’opposé de ce que l’on peut trouver par exemple sur LinkedIn avec cette collection de Mentors en Chefs et autres Marabouts Officer. Pour ceux que cela intéresse, sachez que mentor, ce n’est pas quelque chose que l’on décrète. Cela ne peut venir que de quelqu’un qui schématiquement se portera garant et vous aura identifié comme tel.

Bref, c’est quelque chose d’assez exceptionnel et cela ne peut pas se compter en followers. Tout cela pour dire que Stéphanie développe ces relations spécifiques et elle tient par la suite à justement transmettre. Car nous l’avons bien compris, Stéphanie ne souhaite pas s’inscrire sur le trop long terme autour de projets même si elle croit en la valeur de ceux-ci. Elle est comme ça et donc quand elle passe à quelque chose d’autre, elle s’assure systématiquement que la transmission sera faite de manière optimale.

Elle me parle alors de Thibault Lecerf, un jeune de 29 ans qui est aussi directeur du Lab Franprix / HighCo et à qui elle se verrait bien laisser les clés du camion du Lab le jour où elle ouvrira son école pour venir en aide aux enfants issus des minorités ou des milieux défavorisés.

HARIBO C’EST PAS BEAU LA VIE

Ces conversations terminées, nous retournâmes à la gare d’Aix pour prendre ce TGV dont le V nous promettait un retour en 3h42’ chrono. Nous mîmes plus du double pour une raison obscure d’aiguillage plus ou moins endommagé. Nous transformâmes alors ces quelques heures supplémentaires en une épopée même pas héroïque mais en une expérience humaine plutôt singulière. Nous échangeâmes avec non seulement notre compagnon de carré qui cette fois-ci travaillait non pas dans les papiers mais dans une industrie qui grosso modo produit de la vaseline pour pièces de moteurs.

C’est en tout cas ce que nous avions compris après avoir bu quelques bières, sans alcool bien évidemment, avec lui mais aussi une bonne partie du compartiment. Les blagues fusèrent, les rires s’intensifièrent. Sans le faire de façon vraiment consciente, nous venions de transformer un moment de galère potentielle voire certaine, nous avions alors tous autre chose à faire un peu comme ces personnes qui attendirent plus d’une heure devant la porte afin de pouvoir sortir du wagon le plus vite possible, en une expérience originale et enrichissante. Je pensais alors à cet échange avec Stéphanie autour de la maturité, de la quarantaine éclairée même. Il faut prendre le temps de prendre son temps, ne pas jouer au golf en voiturette, ne pas être ailleurs dans sa tête quand on fait quelque chose. Stéphanie me dit alors qu’elle pensait commencer à comprendre comment il fallait faire même si « se connaître c’est bien évidemment le travail de toute une vie. »

Le train finit par arriver. A bon port, à la Gare de Lyon donc, les naufragés du rail que nous étions, il faut dire que nous avions tout de même plus de quatre heures de retard ce qui de nos jours correspond schématiquement à 240 minutes, eurent droit à un kit de survie vu que le wagon bar avait été dévalisé depuis bien longtemps par certains que je ne citerai pas. A l’intérieur, des chips, une bouteille d’eau et un paquet de bonbons Haribo histoire de faire plaisir aux enfants. « No pasaran » ai-je fièrement répondu en les jetant à la poubelle même pas recyclable ! Je regagnai alors mon métro, pas non plus avec la banane bio mais avec tout de même le sentiment du devoir accompli. Mon bilan carbone de la journée était bon.

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