Le Grand Portrait : Cyril Zimmermann, Hi-Media
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Toute première fois

La première fois que j’ai rencontré Cyril Zimmermann pour parler publicité sur internet, c’était en novembre 1998. Il était déjà fondateur de Hi-Media mais on ne parlait pas encore de Président Directeur Général et encore moins de Chief Executive Officer. Depuis 1996, Hi-Media était une régie presse, radio et également de supports électroniques comme on disait à l’époque, des CD notamment. L’entretien, d’embauche en l’occurrence, dura une vingtaine de minutes et la semaine suivante je devenais le cinquième employé de la société. J’y ai travaillé avec plaisir pendant cinq mois dans ce qui fut au final ma seule expérience professionnelle non entrepreneuriale. Hi-Media devint aussi notre premier client pour AdFront en 1999 et nous avons pu vivre au jour le jour la progression de ce qui reste l’une des plus belles réussites du web français.

« … NOUS SOMMES UNE RÉGIE ET NOUS ASSUMONS PARFAITEMENT CE TERME … »

J’ai donc probablement un avis biaisé sur cette société parce que comme chacun sait, une première fois restera toujours une première et cette expérience unique vous accompagne obligatoirement pendant un long moment. Seize années plus tard, je me suis rendu dans les nouveaux locaux de la société toujours dirigée par Cyril Zimmermann pour comprendre effectivement de quoi il retourne.

cyril zimmermann himedia

Yo, MTV raps !

A mon époque, Hi-Media se situait au 8 bd de Ménilmontant, à deux pas du Père Lachaise et à la même adresse que les studios d’enregistrement de la radio Génération 88.2, alors leader du rap sur la bande FM. Lion Scott, le grand frère de Joey Starr, débarquait alors régulièrement dans nos bureaux avec sa voix qui ferait passer Barry White pour un jeune homme efféminé qui se serait cogné le petit orteil. On ne parlait pas alors “programmatique”, “vidéo” ou “mobile advertising”, pas plus d’ailleurs que “stock options” ou “acquisitions” puisque la société n’était pas encore cotée, mais déjà CPM et surtout régie. Aujourd’hui, ce sont dans des locaux pas encore flambants mais bientôt remis à neuf que nous avons retrouvé Cyril. On parle tout de meme de 4800 m², certes partagés avec d’autres sociétés toutes en lien avec Hi-Media, mais cela fait tout de même une certaine surface puisque pour mémoire, cela équivaut grosso modo à la taille d’un terrain de football. 450 personnes, dont la moitié dans ces bureaux parisiens, travaillent aujourd’hui pour Hi-Media. Autrement dit, la société a un peu changé depuis la dernière fois que j’étais venu.

« … CHEZ HI-MEDIA, NOUS DÉFENDONS LES ÉDITEURS, NOS ÉDITEURS. NOUS LES REPRÉSENTONS AUPRÈS DES AGENCES ET DE CERTAINS ANNONCEURS. C’EST LE MÉTIER D’UNE RÉGIE … »

A vous la régie !

Parce que depuis 1996, le positionnement de la société n’a finalement que peu varié, à savoir représenter des éditeurs, parfois maison, et leur proposer des solutions pour monétiser leur audience. Cyril va même plus loin : « Nous sommes une régie et nous assumons parfaitement ce terme qui fleure certes bon la France des années 70 mais qui en attendant explique bien notre proposition de valeur. » Croyez-moi, peu de sociétés se présentent comme tel dans notre univers du marketing digital. Il faut être technologique sans passer pour un espion de la CIA,  idéalement faire partie du cloud sans avoir la tête dans les nuages et surtout ne pas avoir plus de cinq années d’existence sous peine de passer pour un ringard complet. Le meilleur exemple de ce jeunisme puissance cent est incarné par Yahoo. Aujourd’hui, il est de bon ton d’ironiser sur le portail californien qui fêtera ses 20 années d’existence en mars 2015. En attendant, la société en question vient encore de publier pour ce troisième trimestre un chiffre d’affaires supérieur au milliard de dollars dont plus de 20% proviennent du mobile.

« … SI LE GÂTEAU PUBLICITAIRE DIGITAL A EFFECTIVEMENT CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉ, C’EST AUSSI LE CAS DU NOMBRE DES SOURCES DE REVENUS POTENTIELLES POUR UN ÉDITEUR : DISPLAY, VIDÉO, MOBILE, NATIVE, … NOUS NOUS PROPOSONS D’ÊTRE UN GUICHET UNIQUE POUR CES ÉDITEURS … »

cyril zimmermann himedia

Money

Revenons à Hi-Media et à notre histoire de régie. Cyril précise : « Aujourd’hui, en dehors de Google et éventuellement de Facebook, personne ne peut prétendre avoir un reach suffisant pour proposer une solution unique et globale à un annonceur. Autrement dit, pour toucher parfaitement une cible, un annonceur doit encore faire appel à une agence média dont le travail sera d’arbitrer entre les différents supports, entre les différentes options pour atteindre ces objectifs. Chez Hi-Media, nous défendons les éditeurs, nos éditeurs. Nous les représentons auprès des agences et de certains annonceurs. C’est le métier d’une régie. Les moyens utilisés ont certes changé mais la finalité de ce métier d’intermédiation est inchangée : aider un éditeur à monétiser son actif principal à savoir son inventaire. » Pour être précis, et c’est d’ailleurs Cyril lui-même qui insiste sur ce sujet, c’est un peu moins de 50% du chiffre d’affaires de la société qui est réalisé via la régie. Le reste est généré par HiPay, l’activité paiement du groupe qui a également connu sa petite révolution au cours des dernières années : essentiellement centrée sur le micro-paiement de biens dématérialisés avec AlloPass dans les années 2000, HiPay devient aujourd’hui « Full Services » avec une plate-forme qui a pour vocation de simplifier la vie des marchands et permet au groupe de s’attaquer au marché des biens physiques. Avec des solutions de paiement toujours plus évoluées, HiMedia peut d’autant plus mettre en pratique le discours de synergies que la régie tient auprès de ses éditeurs : nous monétisons votre audience, mais pouvons également vous accompagner dans la monétisation de contenus Premium.

On joue à guichet ouvert

Mais revenons à nouveau à cette activité de régie et essayons de bien comprendre à quoi elle correspond à une époque où Criteo par exemple peut être considérée comme une agence des temps modernes. Cyril explique : « Etre une porte d’accès à des inventaires n’est plus une valeur ajoutée suffisante pour séduire les éditeurs. Il nous faut apporter des solutions qui réellement leur simplifient la vie. Si le gâteau publicitaire digital a effectivement considérablement augmenté, c’est aussi le cas du nombre des sources potentielles de revenus pour un éditeur : display, vidéo, mobile, native, … Nous nous proposons d’être un guichet unique pour ces éditeurs. » Pendant quelques années, Hi-Media fut lui-même éditeur pour schématiquement posséder ses propres données. Les temps ont changé. Toutleciné par exemple vient d’être vendu et le navire amiral JeuxVideo.com est désormais passé sous le giron de Webedia. Cyril précise : « Cet accord avec Webedia au sujet de JeuxVideo.com symbolise parfaitement notre positionnement. Nous avons échangé cet éditeur à succès contre du cash mais aussi un accord de régie exclusif sur plusieurs années avec ce groupe qui connaît une croissance impressionnante. Ils produisent, nous les représentons et monétisons leurs espaces. »

« … NOS BUSINESS CONTINUENT ET CONTINUERONT ENCORE POUR LONGTEMPS À ÊTRE BASÉS SUR DES RELATIONS DE CONFIANCE DONC SUR DES HOMMES. LE PROGRAMMATIQUE N’EST QU’UNE FAÇON D’ACHETER UNE PARTIE DE L’INVENTAIRE … »

Tant qu’il y aura des hommes

Mais quelle est donc finalement cette valeur ajoutée qui fait qu’au temps théorique du tout automatique, certains éditeurs continuent de confier leurs espaces et donc leurs revenus à une société comme Hi-Media ? « Je vous arrête tout de suite avec cette histoire de tout automatique m’interrompt Cyril. Nos business continuent et continueront encore pour longtemps à être basés sur des relations de confiance donc sur des hommes. Le programmatique n’est qu’une façon d’acheter une partie de l’inventaire, ni plus, ni moins. Pour simplifier, on pourrait dire que le programmatique, notez d’ailleurs qu’on ne parle plus de RTB, c’est de l’adserving en mieux, la promesse effectivement d’envoyer la bonne publicité à la bonne personne et désormais au bon prix. »

« … LA SOCIÉTÉ A DÉCIDÉ EN MATIÈRE DE DIFFUSION DE PUBLICITÉS DE NE TRAVAILLER QU’AVEC DES LEADERS DE MARCHÉ … »

Techno parade

D’accord, mais cette valeur ajoutée d’une régie comme Hi-Media qui jusqu’à preuve du contraire ne possède justement pas de technologie révolutionnaire, pour proposer des solutions ou des alternatives exceptionnelles, c’est quoi ? Cyril m’interrompt et si le garçon n’était pas un modèle de zenitude il monterait bien dans les tours : « Chez Hi-Media, nous avons aujourd’hui 95 profils IT qui travaillent chez nous, de l’administrateur réseau à l’analyste de données en passant par toute une batterie de programmeurs. Nous connaissons la technologie, nous produisons de la technologie mais de même que quand vous allez acheter une voiture vous ne passez pas votre temps à parler injection, nous préférons nous concentrer sur des solutions et donc ce en quoi cette technologie aide nos clients, éditeurs bien évidemment et aussi agences et annonceurs. »

Guten Tag

Oui mais la fameuse valeur ajoutée, c’est quoi alors, parce que le discours de la technologie au service des autres, on l’entend actuellement à tous les coins de rue ? Pour Cyril, le rôle de Hi-Media est de collecter toutes les données de diffusion de toutes les campagnes pour ensuite les utiliser et effectivement mieux valoriser l’inventaire d’un éditeur. Pendant toute une période, Hi-Media s’est posé la question de développer son propre adserver. Ce temps est définitivement révolu puisque la société a décidé en matière de  diffusion de publicités de ne travailler qu’avec des leaders de marché comme AppNexus pour la partie display ou encore Smart AdServer pour le mobile. Cyril nous explique comment cela fonctionne : « Le tag posé sur les pages des éditeurs avec lesquels nous travaillons est un tag Hi-Media. Et c’est au sein de celui-ci que sont encapsulés les différents liens avec les outils de diffusion dont nous avons parlé. Nous allons alors collecter toutes ces données pour ensuite y ajouter d’autres informations selon le type de campagnes que nous souhaitons traiter. »

Révolution mobile

Pour terminer, nous avons parlé mobile car selon Cyril, la vraie révolution c’est celle-ci. Le programmatique n’est selon lui qu’un mode d’achat qui permet au travers de connexions multiples d’optimiser une partie des inventaires. Mais un mode d’achat n’a jamais été une révolution, alors qu’un changement d’usage a beaucoup plus de conséquences. Cyril nous explique : « Le frein du développement de la publicité sur mobile était lié au format. Aujourd’hui, nous avons enfin trouvé ceux qui vont optimiser l’expérience publicitaire pour ces nouveaux terminaux. Le développement de la vidéo et l’intégration de formats native vont complètement dans ce sens. »

Noir Désir

Cyril est un homme pressé et voilà qu’en un peu moins d’heure nous avons réussi à balayer 18 années de publicité digitale en France. Nous n’avons finalement fait qu’évoquer rapidement la présence de la société dans neuf pays, les avantages d’être une société cotée en période de croissance mais aussi ses inconvénients quand il s’agit de se réinventer à capot ouvert. Nous aurons de toute façon l’occasion de reparler de tout cela rapidement puisque nous nous sommes promis de revenir prendre des photos début 2015 quand le nouveau vaisseau amiral sera fin prêt.

« … NOUS CONNAISSONS LA TECHNOLOGIE, NOUS PRODUISONS DE LA TECHNOLOGIE MAIS NOUS PRÉFÉRONS NOUS CONCENTRER SUR DES SOLUTIONS ET DONC CE EN QUOI CETTE TECHNOLOGIE AIDE NOS CLIENTS, ÉDITEURS BIEN ÉVIDEMMENT ET AUSSI AGENCES ET ANNONCEURS … »

Les yeux de l’amour

En conclusion, nous allons en bon interlocuteur média que nous sommes nous permettre de partager ce que nous ressentons en croisant celui qui vous a finalement fait confiance pour la première fois sur ce marché. Cyril Zimmermann a cette capacité que peu de personnes ont à entraîner les autres derrière lui. L’argent ? Il en a très certainement assez pour passer son temps à jouer à la belote du côté de Marseille. Son moteur, c’est le développement d’un groupe. Il en est le capitaine et il continue de tenir la barre quelle que soit la météo et les coups de tempêtes.

« … LE FREIN DU DÉVELOPPEMENT DE LA PUBLICITÉ SUR MOBILE ÉTAIT LIÉ AU FORMAT. AUJOURD’HUI, NOUS AVONS ENFIN TROUVÉ CEUX QUI VONT OPTIMISER L’EXPÉRIENCE PUBLICITAIRE POUR CES NOUVEAUX TERMINAUX … »

Et il suffit de consulter la liste impressionnante des managers passés chez Hi-Media pour comprendre que le garçon sait s’entourer. De Olivier Gonzalez (Twitter) à Erik-Marie Bion (Microsoft) en passant par Christophe Blot (3W Régie) ou Alexis Marcombe (Figaro Médias) et bien d’autres encore, ils ont tous un jour ou l’autre usé leur fond de culotte sur les bancs de l’école Hi-Media et leurs responsabilités actuelles semblent vouloir confirmer que la formation fut bonne. Qu’arrivera-t-il à Hi-Media dans les années à venir ? Seul Cyril le sait mais s’il fallait jouer aux devins, nous serions prêts à parier un petit billet que telle la maison Phénix qui finalement tient parfaitement debout, Hi-Media va continuer son petit bonhomme de chemin dans cet univers somme toute étrange du marketing digital où durer trop longtemps semble être un défaut.


Ce qu’il faut retenir :

  • Hi-Media est majeur depuis 2014 ; la société vient en effet de fêter son 18ème anniversaire
  • Les nouveaux locaux de la société sont objectivement en travaux mais le résultat devrait être à la hauteur des ambitions
  • Hi-Media est une régie. Et oui, ça existe toujours et selon Cyril ce n’est pas prêt de disparaître
  • Hi-Media représente donc les intérêts d’éditeurs en vue de monétiser leurs espaces
  • Plus de 50% du chiffre d’affaires de la société est réalisé par HiPay, la partie du groupe dédiée aux plate-formes de paiement
  • Le programmatique n’est pas une fin en soi mais un simple moyen pour mieux acheter
  • Le rôle des 95 ingénieurs de chez Hi-Media est de développer une plate-forme qui permette de collecter toutes les informations de diffusion des campagnes digitales, quels que soient le format et le device
  • La révolution est mobile et Hi-Media compte bien y jouer un rôle majeur

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