Edito Display-AdExchange : La vengeance du serpent à plumes
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Dernièrement, le bonus de Maurice Lévy (16 millions d’Euros) a défrayé la chronique. Si les publicitaires se mettent à toucher des rémunérations variables dignes des meilleurs banquiers, où allons-nous, nous qui croyons bêtement que la réclame consistait simplement à trouver un bon vieux slogan de type « Fruité c’est plus musclé » pour pouvoir enfin être une star. Et si l’automatisation des achats publicitaires, les fameux AdExchanges, n’était pas justement en train de révolutionner tout cela et de finalement justifier la mise en place de bonus somme toute rondelets (« Mon préféré, c’est le Rondelé ») ?
 
L’ADN de l’achat publicitaire, c’est d’organiser des déjeuners afin de s’accorder sur un budget, idéalement annuel histoire de se donner un peu de visibilité. On se refera une présentation de temps en temps mais surtout, ne pas oublier de s’organiser d’autres déjeuners pour bien s’assurer que tout va bien dans le meilleur des mondes. Au-delà de la dimension gastronomique de la chose, les interlocuteurs, surtout le vendeur d’ailleurs, doivent faire preuve d’un vrai talent pour glisser au moment du café qu’une petite rallonge de 10% pour cette campagne serait somme toute commerçante.
 
Si l’enchaînement de déjeuners au cours de la semaine démontre une vraie capacité à générer du business, le but ultime est tout de même d’avoir un agenda de ministre, donc rempli de petits-déjeuners. Et oui, car qui n’a jamais rêvé de se réveiller aux côtés d’un client ? Sachez que quand vous vous disputez avec votre moitié pour savoir qui est supposé aujourd’hui emmener les enfants à l’école, d’autres, vous savez ceux qui se lèvent tôt, traitent d’affaires hyper importantes autour d’un croissant. On pourrait aussi évoquer les soirées, en prenant l’exemple de celles de l’IAB qui commencent par une réunion de travail dès 19h pour finalement ouvrir leurs portes à la plèbe à partir de 22h. Mais parlons maintenant des exclus, les techos.
 
Les techos, ce sont les gars à sandales et à chemisettes que vous, commerciaux à costumes, méprisaient et ne comprenaient pas. Rassurez-vous, ils n’en pensaient pas moins, mais faites bien attention car ils sont doucement mais sûrement en train de vous reléguer sur le banc de touche. En effet, à force de n’être jamais invités ou au mieux, de passer pour des andouilles quand on leur demande leur avis en réunion, nos amis techos ont décidé de prendre la main en inventant le principe des AdExchanges : à quoi bon se réunir pour acheter et vendre de la publicité alors qu’une bonne plateforme automatisée peut faire la même chose, en mieux, et ce pour moins cher, et surtout en évitant d’avoir à écouter en permanence le super commercial raconter son top déjeuner et comme quoi c’est super compliqué ce boulot.
 
La vraie révolution des AdExchanges, c’est là qu’elle se trouve, elle est humaine, et on peut vraiment dire que « Le Changement c’est maintenant ». On vous demandait éventuellement de connaître Powerpoint ou au moins d’avoir une assistante à peu près compétente, voilà maintenant que les macros Excel doivent devenir vos meilleures amies et autant vous dire que cela n’a rien de très sexy. Vous allez alors voir débarquer ces fameux techos pour qui Excel est aussi compliqué qu’une partie de morpion à trois colonnes, qui vont commencer à faire du trading-média. Certes, ils mangeront toujours des sandwichs à leurs bureaux, mais attendez un peu le moment où Maurice Lévy viendra les chercher pour leur parler bonus. Le PDG de Publicis expliquera finalement que sa société ne fait que suivre la tendance, qu’il ne fut qu’un précurseur et que « attendez un peu qu’on se mette à spéculer sur le cours de la bannière sur les marchés émergents, et vous verrez alors de quoi on est capable. »
 
En conclusion, nous vous conseillons à tous de bien profiter de vos déjeuners, parce que le temps où vous vous retrouverez bien plus souvent qu’à l’accoutumée à vous payer votre sandwich à la Brioche Dorée avec votre ticket-restaurant arrive à grand pas.

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